Peut-on préciser l’origine de cette ampoule ?
En regardant cette ampoule on aperçoit des motifs sur chacune des faces. Le plus lisible est celui de la deuxième face (deuxième selon la présentation de Cocoche36) on y voit nettement les initiales du saint nom de Jésus IHS (Iesus Hominum Salvator) dont le H est surmonté d'une barre horizontale formant croix, dans un écu surmonté d'une couronne à trois pointes terminées par trois petites sphères. C’est une marque très répandue qui ne nous permet pas préciser l’origine de l’ampoule.

Sur l’autre face, on voit une croix en TAU sous laquelle est appendue une clochette, ces symboles sont ceux des Antoniens, ordre monacal issu des ordres érémitiques inspirés par St Antoine Abbé, à ne pas confondre avec St Antoine de Padoue. Le tau, croix de Saint-Antoine est le symbole de l'ordre. Il a été adopté par le 4e grand maître, Guillaume Le Roux, vers 1160.

Peut-on grâce à ces symboles préciser l’origine de l’ampoule ?
Il faut faire un peu d’histoire, puisée dans l’ouvrage ce Louis Réau : Iconographie de l’art chrétien.
CULTE
Dans le désert de la Mer Rouge voisinaient deux monastères coptes du IVe siècle, dédiés l'un à saint Antoine, l'autre à saint Paul Ermite : ce sont les plus anciens du monde chrétien.
Le corps du célèbre ermite, transporté d'abord à Constantinople, aurait été transféré en 1050 dans une abbaye du Dauphiné, qui prit le nom de Saint-Antoine¬-en-Viennois,
Cette prétention était combattue par les gens d'Arles en Provence, qui possé¬daient un autre corps de saint Antoine dont ils affirmaient l'authenticité. L'huma¬niste Henry Estienne (XVI°) raille « le grand combat » qui fut livré entre ceux de la ville d'Arles et les Antoniens du Viennois sur cette question. « En la fin sainct Antoine est demouré ayant deux corps entiers et outre iceux plusieurs membres en divers lieux, pour le moins une demie-douzaine de genoux. »
L'Ordre des Antonins
Les moines de Saint-Antoine-en-Viennois, qu'on appelait Antonins ou Anto¬nites, sortirent vainqueurs de ce duel. L'Ordre hospitalier, fondé au XIe siècle sous l'invocation de saint Antoine, transformé en saint guérisseur, se spécia¬lisa dans le traitement des maladies contagieuses : feu sacré ou feu de saint Antoine, peste, plus tard la syphilis. Comme ces maladies terribles étaient fort répandues, le pèlerinage de Saint-Antoine en Dauphiné devint très fréquenté : au point qu'il rivalisait presque avec Saint-Jacques-de-Compostelle et Saint¬ Nicolas-de-Bari.
Grâce aux nombreuses filiales ou commanderies créées par la maison-mère, le culte de saint Antoine se répandit à la fin du Moyen-âge dans toute la Chrétienté. L'Ordre avait en France 25 établissements disséminés à Lyon, Toulouse, Albi, Paris où le couvent du Petit-Saint-Antoine a donné son nom à un faubourg. L'Alsace possédait deux commanderies d'Antonites à Strasbourg et à Issenheim près de Colmar. Dans la Suisse alémanique, voisine du Dauphiné, les Antonites s'étaient établis à Bâle, Berne ; en Allemagne ils essaimèrent tout le long de la vallée du Rhin: à Constance, Fribourg, Mayence, Francfort, Cologne.
Seule l'Italie se montra réfractaire à cette propagande, sans doute parce que le culte de saint Antoine se heurta à la concurrence de son homonyme saint Antoine de Padoue.
Au XIVe siècle la Bourgogne devient un fief de saint Antoine à cause de la dévotion particulière du duc Philippe le Hardi pour ce saint
Une autre circonstance contribua à renforcer le prestige du saint ermite.
En 1382 Albert de Bavière, comte de Hainaut, Hollande et Zélande, fonda en l'honneur de saint Antoine un Ordre de chevalerie qui se transforma à partir de 1420 en Confrérie pieuse. Le Collier de l'Ordre imitait une ceinture d'ermite et l'insigne des chevaliers était le Tau ou potence de saint Antoine auquel était suspendue une clochette d'or ou d'argent du poids d'une once.
L’abbaye Saint-Antoine-en-Viennois, aujourd’hui Saint-Antoine-l’-Abbaye, est l’abbaye-mère de l'ordre hospitalier de Saint-Antoine
À son apogée, au XVe siècle, l’ordre comptait près de 10 000 frères. À la fin du siècle, il gérait encore 370 hôpitaux. Mais leur déclin s’approchait. Il semble en effet que la moindre fréquence des épidémies causa leur régression puis leur disparition. Dès le XVIe siècle, l'ergot du seigle est caractérisé comme responsable du feu de Saint-Antoine et dans le même temps les techniques de fabrication du pain s’améliorent, le fléau disparaît.
Que conclure ?
S’il n’apparaît aucune certitude quant à situer l’origine de l’ampoule à Saint-Antoine-en-Viennois (St Antoine l’Abbaye en Isère), il est fort probable qu’elle y fût conçue sinon vendue à un pieux pèlerin qui non content d’avoir témoigné de sa foi, revint au logis armé contre le ‘’mal français*’’ grâce au contenu de l’ampoule.
*Mal français=mal de Naples=Syphilis=Vérole= la chtouille, quoi !
J'espère ne pas vous avoir désespéré par ce long monologue







