Et pourtant j'ai pas mal d'imagination dans les relations amoureuses, mais là, il faudra que je relise, parce que je n'ai pas tout compris
Jacques Anquetil, premier vainqueur de cinq Tours de France, maestro du contre-la-montre (neuf Grand Prix des Nations), artiste, mythe, demi-dieu. Dans la mythologie antique, il aurait été vénéré. Pas pour ses talents sportifs, mais pour sa faculté à braver tous les obstacles, moraux ou légaux, se mettant en travers de lui et la femme qu’il désire. Accrochez-vous, même Harlequin n’aurait pas osé.
Jacques, fils d’un maçon cultivateur et d’une lingère de l’Assistance publique, a 20 ans quand, en 1954, il est accueilli par un médecin, précurseur de la médecine sportive, sa femme, Jeanine et leurs deux enfants, Annie et Alain.
En 1957, débute entre Jacques et Jeanine une passion dévorante. Elle divorce, épouse le cycliste mais la garde des enfants reste à leur père, sans droit de visite. Les deux petits fuguent pour rejoindre le couple, le père jette l’éponge et coupe tous les ponts.
Dix ans plus tard, Anquetil raccroche et veut un enfant. Mais Jeanine s’est fait ligaturer les trompes alors… ils se tournent vers Annie, 18 ans. Sa mère lui demande – « une demande générale jamais formulée mais présente » – de porter l’enfant de son beau-père, la jeune fille accepte mais l’enfant qui naît de cette union, Sophie, est déclarée fille de Jeanine. Sa grand-mère, donc.
Plus loin, toujours plus loin. Annie, de mère porteuse, devient la maîtresse de Jacques Anquetil, l’amant de sa mère. Pendant douze ans. Jusqu’au soir de la communion de la petite Sophie, où l’infatigable coureur passe la nuit avec Dominique, la femme d’Alain, son beau-fils, frère d’Annie, qu’il a élevé comme son propre père. De cette union, ils auront un fils.
Sophie Anquetil a raconté cette incroyable histoire dans un livre, en 2004, Pour l’amour de Jacques, paru chez Grasset. Elle écrit : « J’ai été une petite fille qui a eu deux mamans. L’une de mes mamans était la fille de l’autre et mes deux mamans étaient en même temps, pendant des années, sous le même toit l’une et l’autre, la femme double de mon bigame de papa. »
Ce double inceste (du deuxième type puisque la mère et la fille couchent avec le même homme et inceste père-fille puisque Anquetil était le beau-père d’Annie), elle le réfute : « Mon père et ma mère biologique n’avaient pas de liens de sang. » Et le vit, tout au contraire, comme « une histoire de bonheur ».
« Je veux raconter, dit-elle, comment une femme, par amour pour son homme, lui offre sa fille. Laquelle, par amour, leur donne un enfant. » Et elle décrit, pétrie d’amour, sur 240 pages, un homme que« la loi des hommes ne concernait pas ».
Vais boire une trappiste pour y voir plus clair.




